Philanthropie, Mécénat et RSE : comprendre les différences pour mieux construire ses partenariats
Khadi Toure
Les entreprises sont de plus en plus attendues sur leur contribution au développement économique et social des territoires dans lesquels elles opèrent. Qu’il s’agisse d’entreprises locales, de groupes panafricains ou de filiales de multinationales, nombreuses sont celles qui développent aujourd’hui des initiatives en faveur de l’éducation, de l’employabilité des jeunes, de l’entrepreneuriat, de l’inclusion des femmes, de la santé ou encore de l’environnement.
Pour les OSC et les ONG, ces dynamiques représentent de nouvelles opportunités de partenariat, mais elles nécessitent également une meilleure compréhension des mécanismes qui structurent l’engagement des entreprises.
Les termes philanthropie, mécénat et responsabilité sociétale des entreprises (RSE) sont souvent utilisés de manière interchangeable. Pourtant, ils répondent à des logiques différentes et impliquent des approches distinctes pour les OSC et les ONG qui souhaitent développer des partenariats avec le secteur privé.
Comprendre ces différences permet non seulement de mieux cibler ses interlocuteurs, mais aussi d’adapter son discours et ses propositions de collaboration.
Philanthropie, Mécénat et RSE : quelles différences ?
La philanthropie traduit une volonté de contribuer au bien commun. Elle peut être portée par des particuliers, des fondations ou des entreprises qui souhaitent soutenir des causes d’intérêt général.
Le mécénat constitue l’un des principaux moyens de concrétiser cet engagement philanthropique à travers des dons financiers, matériels ou en compétences.
La RSE, quant à elle, relève d’une démarche différente. Elle consiste à intégrer les enjeux sociaux, environnementaux et de gouvernance au cœur même des activités et du modèle économique de l’entreprise.
Une entreprise peut être très engagée dans la philanthropie sans disposer d’une stratégie RSE mature. À l’inverse, une entreprise peut avoir une politique RSE avancée tout en investissant peu dans le mécénat. Les organisations les plus engagées cherchent aujourd’hui à articuler ces deux dimensions.
Ce que cela change pour les OSC et les ONG ?
Une erreur fréquente consiste à approcher toutes les entreprises avec le même argumentaire. Or, les attentes d’un partenaire philanthropique et celles d’un partenaire RSE sont souvent différentes:
Lorsque l’entreprise agit dans une logique philanthropique
L’entreprise ou la fondation cherche avant tout à soutenir une cause ou à générer un impact social. « Quel impact mon soutien permettra-t-il de générer ? »
L’ONG devra alors mettre en avant : Le problème qu’elle contribue à résoudre ; Les populations bénéficiaires ; Les résultats obtenus ; Les changements générés sur le terrain ; La crédibilité et la transparence de l’organisation.
Lorsque l’entreprise agit dans une logique RSE
L’entreprise cherche davantage à répondre à des enjeux liés à son activité et à ses engagements. « Comment ce partenariat peut-il contribuer à nos objectifs RSE ? »
L’ONG devra démontrer comment elle peut contribuer à : L’employabilité des jeunes ; L’autonomisation économique des femmes ; La protection de l’environnement ; Le développement local ; L’engagement des collaborateurs ; Les objectifs ESG de l’entreprise ; Les engagements de durabilité du groupe.
Avant de solliciter une entreprise, prenez le temps de comprendre ce qui motive son engagement.
Quelques questions peuvent vous guider : L’entreprise dispose-t-elle d’une fondation ? Publie-t-elle un rapport RSE ou ESG ? Quels sont ses axes d’engagement prioritaires ? Quels partenariats soutient-elle déjà ?
Cette phase de recherche est souvent déterminante.
Les organisations qui réussissent le mieux leurs partenariats ne commencent pas par présenter leurs besoins de financement. Elles commencent par comprendre les objectifs du partenaire et démontrent ensuite comment leur expertise, leurs programmes et leur impact peuvent contribuer à les atteindre.
En d’autres termes, elles passent d’une logique de demande de financement à une logique de création de valeur et d’impact partagé. C’est aujourd’hui l’une des clés d’une mobilisation des ressources plus stratégique et plus durable
(Khadi Toure is a Senegalese funds development, partnership and project management specialist, and Associate Partner at Efiscens)